• L'utilité des haies

    Nos pas se font lourds depuis bientôt huit heures que nous marchons. Le sentier que nous empruntons est à découvert ; des prairies de chaque côté. Le soleil se montre généreux en ce milieu d'après-midi et projette ses feux de lumière sur mon crâne dégarni.
    Pas un arbre, pas un bosquet, pas une haie pour atténuer ne serai-ce qu'un instant cette chaleur écrasante de juillet.
    Pourquoi cette absence de végétation arbustive dans ces immensités de plages vertes ? Peut-être l'ignorance du rôle considérable que représente une haie au sein d'un paysage.

    L'utilité des haiesLes haies ont été introduites au XVI è et XVII è siècle afin de permettre à tout propriétaire de faire clore ses héritages pour les rendre défendables. La coutume de l'époque donnait la liberté de mener paître les bestiaux dans les lieux non cultivés et non clos. Il fallait donc planter des haies pour éviter de voir les bêtes d'autrui errer sur ses terres.

    Cependant, l'origine des haies date probablement du Moyen-Age, à l'époque où les forêts étaient déboisées pour faire place aux cultures. Chaque parcelle conservait sur son pourtour une bande de végétation permettant de délimiter le terrain.. Dans tous les cas, les haies permettaient de maintenir les animaux sur une parcelle donnée et, plantées en bordure des chemins, de guider les animaux entre l'étable et le pré. Les haies fournissaient par ailleurs du bois de chauffage et des fruits.

    Au-delà des critères de limites territoriales, les haies sont d'une grande utilité écologique.

    En bordure de routes elles permettent d'atténuer certaines nuisances (déplacements d'air, bruits, odeurs). Plantées en limite de parcelles cultivées, elles assurent différents rôles :

    - La haie permet d'obtenir une régulation climatique en s'opposant à la libre circulation des masses d'air (effet brise-vent) ce qui induit une réduction de l'évapotranspiration des cultures voisine, augmentant ainsi leur rendement de l'ordre de 5 à 15 %. Une haie bien ordonnée protège du vent sur une distance de 10 à 15 fois sa hauteur.
    - La haie constitue un écran au rayonnement solaire. En captant la chaleur, elle augmente la température moyenne en automne. Le bétail est ainsi préservé des effets du vent, du froid et du soleil.
    - La haie assure également une régulation hydraulique en s'opposant au rapide ruissellement des eaux (effet éponge) en permettant à celles-ci de s'infiltrer dans les sols (barrage par la végétation et drainage par le système racinaire). Les haies sont donc utiles en cas d'inondation et en rechargeant les nappes phréatiques elles permettent d'économiser l'eau.

    Au fil du temps, des années, une haie devient un véritable écotone (1) (une multitude d'espèces animales et végétales y est représentée), dans lequel la chaîne alimentaire trouve tous ses maillons. A ce moment là, l'écosystème (2) de la haie fonctionne parfaitement. Il se forme alors comme une communauté (biocénose (3)).

    Commençons par observer le sol de la haie; à l'automne, les épais tapis de feuilles mortes provenant des arbres , arbustes et arbrisseaux qui composent la haie fournissent à la terre un engrais naturel important pour son équilibre.
    Les feuilles mortes sont mangées et décomposées par les différents insectes, acariens, vers, bactéries, champignons détritivores qui vivent dans le sol de la haie. Une fois digérées et rejetées, elles deviennent cet engrais si riche en minéraux, très utile pour la régénération des sols; l'humus.

    En s'approchant maintenant de l'univers végétal de cette même haie, nous nous apercevrons qu'elle offre gite et couvert à des centaines de formes de vie différentes qui, pour certaines d'entre-elles vont s'avérer d'une grande utilité pour les cultures voisines (insectes pollinisateurs; oiseaux, mammifères et insectes prédateurs).

    L'utilité des haiesDepuis quelques années, des centres de recherches en agronomie étudient l'impact des haies sur la régulation des niveaux de populations des ennemis des cultures. Une haie favorise la diversité de la faune auxiliaire (animaux utiles) et sert de « réservoir » à celle-ci (abris hivernaux, lieu de reproduction).

    Chaque arbre ou arbuste qui constitue la haie attire des populations d'animaux utiles différents et variés qui trouveront dans la haie refuge et nourriture. Citons en exemple des végétaux communs dans les haies (prunelliers, noisetiers, cornouillers, aubépines, merisiers, lierres...) qui hébergent ou attirent de nombreux prédateurs (coccinelles, syrphes, chrysopes, punaises anthocorides ou mirides...) sans oublier le cortège des divers hyménoptères et diptères parasites, qui en cas d'infestation de la culture voisine par un ravageur ( puceron par exemple), irons investir celle-ci et, se nourrissant de ces pucerons ou les parasitant, contribuerons à limiter les méfaits sur la culture.

    On pourrait citer encore le rôle des rapaces diurnes ou nocturnes dans la lutte contre les rongeurs nuisibles aux cultures et de bien d'autres animaux qui participent à amoindrir les nuisances par la diminution des niveaux de population des ravageurs des cultures (oiseaux, musaraignes, hérissons, lézards, couleuvres, orvets...).

    L'utilité des haiesLa présence des différents maillons de la chaîne alimentaire à l'intérieur de la haie est indispensable pour maintenir chacune des espèces dans des limites convenables où chacun y trouvera nourriture et espace. Si vous observez de près cette zone de vie, vous pourrez constater qu'une relative harmonie y règne. C'est que chacune des espèces y a son espace qui lui est destiné.

    La haie est compartimentée en différentes "niches écologiques". Ainsi, en prenant l'exemple des oiseaux; sur les arbustes les plus bas se trouve le rouge-gorge, au-dessus la fauvette à tête noire, un peu plus haut la mésange charbonnière,puis sur les grands arbres , les pics, sitelles et grimpereaux, l'étage au-dessus étant occupé par la chouette hulotte et enfin le locataire du dernier étage qui est le loriot.
    Les oiseaux se répartissent l'espace selon leurs propres exigences, en exploitant les strates auxquelles ils sont le mieux adaptés pour se nourrir, nidifier,et délimiter leur territoire.

    Pour terminer, soulignons l'utilisation qui est faite du bois fournit par les haies ( bois de chauffage; manches d'outils; sculpture; ou bien encore, canne de fortune pour randonneur fatigué). La haie donne encore l'occasion à tout un chacun de déguster les nombreux fruits qu'elle suggère tout au long de l'année (noisettes, prunelles, nèfles, sureau, églantines, merises, châtaignes, cornouilles...). Enfin, chacun peut trouver dans la haie de quoi confectionner de magnifiques bouquets fleuris (genêt, chèvrefeuille, houx, seringat, églantier, symphorine...).


    Chemin faisant

    Pascal Paris
    Chargé de l'environnement - A.N.G.S.F.


    (1) Ecotone : interface entre deux écosystèmes voisins ayant une identité suffisamment différenciée(syn. : effet de lisière).
    (2) Ecosystème : unité écologique fonctionnelle douée d'une certaine stabilité constituée par un ensemble d'organismes vivants exploitant un milieu naturel déterminé (biotope).
    (3) Biocénose : groupement d'êtres vivants (plantes, animaux) vivant dans des conditions de milieu déterminées et unis par des liens d'interdépendance.


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