• De l'arbre à la forêt

    Les organismes vivants se répartissent en communautés bien définies qui occupent des espaces homogènes, caractérisés par un climat et un sol identiques et appelés stations forestières. Ces ensembles (espèces-milieu physique) constituent des écosystèmes, singularisés par les relations multiples que les espèces développent entre elles et avec le milieu, par un fonctionnement de tous les instants, qui se traduit par une certaine productivité. Ainsi, l'arbre, élément fondamental de l'écosystème forestier, élabore les substances nécessaires à son développement par la photosynthèse, laquelle s'opère, sous l'effet de l'énergie solaire, à partir du gaz carbonique de l'air et des éléments puisés dans le sol par les racines. Ce phénomène est à l'origine de la production de la matière végétale.

    La France des forêts

    Dans un écosystème, on y retrouve les recycleurs (Les lombrics, vers de terre qui transforment en matière organique une partie des éléments morts du sol ; les bactéries qui transforment la matière organique en éléments minéraux réutilisables par les végétaux), les producteurs (Les chênes pédonculés, essence fréquente dans les forêts collinéennes, sur les sols bien alimentés en eau ; les jacinthes des bois tapissent le sol des forêts du nord-atlantiques, notamment les forêts normandes), les consommateurs (Les chevreuils, hôtes de prédilection des forêts françaises, avec des populations souvent très abondantes. Lorsqu'ils sont en surnombre, ils compromettent les régénérations forestières) et les prédateurs (Les loups, prédateurs, aujourd'hui protégés, au sommet de la chaîne alimentaire. Disparus vers 1930, ils sont revenus en France depuis le début des années 1990. Ils reprennent progressivement possession de l'arc alpin).

    L'écosystème forestier

    Les facteurs écologiques, liés au climat et au sol, sont très variables sur l'ensemble de la France, ce qui est à l'origine d'une exceptionnelle diversité des écosystèmes, diversité qui se retrouve à différentes échelles d'observation : à l'échelle du pays, la diversité est alors liée à la prépondérance du climat ; à l'échelle d'une région naturelle, mais aussi à l'échelle d'un massif forestier.

    La chênaie-hêtraie collinéenne

    La France des forêtsA l'étage des plaines, en dehors des sols frais à humides où domine le chêne pédonculé, ou des sols très secs accueillant le chêne pubescent, les espaces forestiers sont caractérisés par le chêne sessile et le hêtre, quelle que soit la richesses des sols en éléments minéraux.
    La diversité des essences procède cependant à cette richesse minérales. Elle est faible sur les sols acides et pauvres, grande sur les limons profonds, où l'on rencontre charme, frêne, merisier, érables, et sur les sols calcaires où poussent charme, alisiers, tilleul et ormes.

    La sapinière, forêt de montagne

    La France des forêtsLa sapinière - sapinière-hêtraie ou sapinière-pessière - caractérise l'étage montagnard (entre 500 et 900 m et entre 1 100 et 1 500 m, selon la latitude). Le sapin trouve des conditions optimales à cette étage, avec une humidité atmosphérique élevée et assez constante tout au long de l'année. Il est accompagné du hêtre, de l'érable sycomore, du sorbier des oiseleurs.
    Dans les conditions les plus sèches, il disparaît au profit du pin sylvestre ; sous des climats très froids ou sur les sols calcaires très superficiels du haut jura, il est remplacé par l'épicéa.

    Le mélézein, forêt de haute montagne

    Le mélézein constitue, depuis des temps reculés, un système sylvo-pastoral que l'on rencontre dans les régions de haute montagne ; le houppier du mélèze, peu dense, laisse passer suffisamment de lumière pour permettre à la prairie de se maintenir avec une grande fertilité, de sorte que bovins et ovins viennent brouter les essences fourragères, pendant la belle saison. Ces zones pré-bois sont fort appréciées par le tétras-lyre. Avec la déprise agricole, le mélèze, qui exige la pleine lumière pour germer et se développer, colonise les espaces abandonnés par les troupeaux, aussi bien à l'étage subalpin qu'à l'étage montagnard.

    La yeuseraie, forêt méditerranéenne

    La France des forêtsLa forêt de chênes verts, appelés yeuses en français et euses en provençal, caractérise la région méditerranéenne, où règne une importante luminosité et qui se définit par les particularités de son climat (hivers doux, étés chauds, pluviosité concentrée en automne et au printemps, et saison sèche de fin juin à mi-septembre). Les espèces ligneuses de la yeuseraie sont pour la plupart sempervirentes (toujours vertes) et présentent une cuticule épaisse sur la face supérieure des feuilles, un feutrage de poils sur leur face inférieure ainsi qu'un enracinement profond.
    La forêt a souvent fait place à des garrigues ou à des maquis et des cistaies. Il subsiste cependant quelques belles futaies, près d'anciennes abbayes ou en Corse.

    Les pineraies, atlantique et continentale

    La France des forêtsOn trouve en France deux grands types de pineraies, constituées pour l'une de pins sylvestres et pour la seconde de pins maritimes. Aimant la lumière et se plaisant sur des sols plutôt acides, quelques bouleaux, châtaigniers et bruyères se mêlent aux pins sylvestres de la pineraie de Sologne. La pineraie des Landes, quant à elle, est formée de pins maritimes qui composent sur 900 000 ha le plus vaste massif forestier actuel en Europe.

    L'aulnaie-frênaie, forêt alluviale

    La France des forêtsLes forêts humides occupent le lit majeur des cours d'eau (espace soumis à des crues régulières). Les essences présentes varient en fonction de la vitesse d'écoulement et de la durée des crues, de l'intensité de l'engorgement en eau du sol, du régime de la rivière (océanique, nival, méditerranéen). Souvent, ces forêts riveraines ne constituent plus que des couloirs très étroits, du fait de déboisements et de travaux hydrauliques, qui ont réduit leur superficie. Elles jouent pourtant un rôle important dans la fixation des berges, dans l'épuration des eaux.


    Les futaies

    Les arbres issus de semences poussent lentement et étirent au fil des ans leur tige vers la lumière. Au terme de cette croissance, c'est un géant végétal qui s'affirmera, tronc haut et massif, ramure déployée vers le ciel. Ces fûts imposants ont donné leur nom au peuplement forestier qu'ils composent, la futaie, type de forêt qui se rapproche le plus près de l'état naturel et dont la culture s'est répandue, notamment dans les forêts publiques, à partir du XIXe siècle. Les forestiers cherche à maintenir un bon équilibre "démographique" entre les classes d'âge, dans le souci de préserver les besoins des générations humaines à venir.

    La France des forêtsOn distingue deux types de futaies : la futaie régulière et la futaie irrégulière ou jardinée.

    La futaie régulière : On rencontre fréquemment ce type de futaie dans les forêts de plaine et basse altitude. Dans chaque parcelle, les arbres ont le même âge. La structure régulière équilibrée offre une combinaison de milieux ouverts ou fermés, favorable à la diversité écologique.
    La futaie irrégulière ou jardinée : C'est une structure fréquente au sein des forêts montagnardes de conifères. Toutes les classes d'âge cohabitent sur la même parcelle, les sujets jeunes côtoyant les adultes. La futaie jardinée permet de maintenir des arbres en permanence sur les sols forestiers, évitant leur érosion et les catastrophes qui peuvent en résulter. Adaptée aux essences d'ombre pouvant se développer sous le couvert d'autres arbres, cette sylviculture favorise la permanence du paysage.

    Le taillis et le taillis sous futaie

    Pendant des siècles, le bois fut la matière première et le combustible indispensables à de nombreuses activités humaines. Et pour produire du bois, rien ne vaut le taillis. Pas de gros troncs, mais des tiges minces, nombreuses, groupées en bouquets. Aujourd'hui ce mode de sylviculture ancestral n'occupe plus que 5 % du territoire forestier public et 13 % de la forêt privée. Quant au taillis sous futaie, qui associe reproduction sexuée par graines (la futaie) et reproduction végétative par rejets (taillis), il a connu son apogée au cours du XIXe siècle.

    La France des forêtsLe principe de base du taillis, la cépée : La souche des jeunes feuillus (moins de cinquante ans) abattus en hiver reverdit au printemps, lors de la remontée de la sève, et se couvre de jeunes pousses, les rejets, issus de bourgeons dormant sous l'écorce. Ces rejets forment très rapidement un bouquet de tiges bien droites, la cépée. Les brins d'une cépée peuvent être au nombre de trente ; les plus faibles disparaissent , et il en reste moins d'une dizaine au bout de vingt ans.

    Le taillis simple : Cette manière de cultiver la forêt ne demande aucune technicité tant qu'il n'y a pas à renouveler l'ensouchement. On exploite en une seule fois tous les brins de taillis d'une même parcelle. Cette opération peut se reproduire jusqu'à épuisement de la souche.

    Le taillis sous futaie : Né de la nécessité de satisfaire à la fois les besoins en bois de feu et en bois de sciage, il combine une futaie claire d'arbres de "franc pied" conservés au-dessus d'un taillis recépé périodiquement. Ce mode de culture, qui subsiste encore sur 3,8 millions d'ha, a profondément marqué le paysage forestier.

    Les essences de taillis : Le charme est l'arbre privilégié des taillis, car il donne un bois de chauffage d'excellente qualité. Les taillis de charme sont fréquents dans le Centre, le Nord et l'Est. Le châtaignier, autre essence du taillis, est recherché pour fabriquer les cercles de tonneau, les piquets de vigne et les parquets. On le trouve encore dans le Limousin, le Périgord, la Bretagne et la Région parisienne.

    Les taillis du soleil : Ils rejettent facilement, ils se contentent de sols pauvres, ils fructifient abondamment et repoussent facilement après un incendie. C'est aussi dans les taillis de chênes blancs et verts que pousse la fameuse truffe.

    La protection des espèces

    Il s'agit de préserver le mieux possible la diversité de la vie forestière : de nombreuses actions sont menées continûment pour protéger les espèces, tant animales que végétales : mélange d'espèces, sauvegarde des arbres morts ou creux, traitement des lisières pour multiplier les niches écologiques, maintien des clairières, respect des périodes de nidification des oiseaux menacés, protection des mares, conservation du lierre...

    Les champignons des bois comestibles

    Les champignons se comptent par milliers d'espèces. On les trouve partout, et notamment dans la forêt, où ils jouent un rôle important dans l'écosystème, avec les bactéries, en transformant en humus les débris des bois, de feuilles mortes ou de fruits. Sans eux, les arbres et les plantes mourraient étouffés par leurs propres déchets. Le champignon établit souvent une "relation symbiotique" avec l'arbre : ce dernier apporte des sucres à celui-là, qui, en contrepartie, draine pour lui des sels minéraux.

    Quelques champignons des bois comestibles :

    - la truffe du Périgord (hiver, plutôt méridionale, elle pousse sous terre sous les chênes, parfois les noisetiers, dans les endroits chauds)
    - le tricholome ou mousseron de la Saint-Georges (printemps, dans toute la France, prairies, lisières, haies et forêts, dégage une forte odeur de farine)
    - la trompette-des-morts (été-automne, dans toute la France, surtout sous les feuillus (hêtres et charmes)sur sols argileux, se prête bien à la dessiccation)
    - la russule verdoyante ou palomet (été, dans toute la France, sous les feuillus (chênes et hêtres), sur sols plutôt acides, saveur de noisette)
    - le pied-de-mouton (automne, dans toute la France, dans les bois de feuillus ou de conifères, pousse souvent en cercles)
    - la pleurote en huître (automne, hiver parfois, dans toute la France, en touffes sur les souches et les troncs de feuillus (hêtres))
    - la russule charbonnière (été-automne, dans toute la France, dans les bois de feuillus et de conifères, ses lames blanches donnent au toucher un contact gras dit "lardacé")
    - la chanterelle en tube (automne, dans toute la France, en troupes dans les bois de feuillus et de conifères, sur sols argilo-siliceux)
    - l'amanite des césars (été-automne, commune dans le midi, parfois dans le nord de la Loire lors des étés chauds, sous les feuillus (chênes et châtaigniers))
    - le cèpe bronzé ou tête-de-nègre (été-automne, tendance méridionale, dans les bois de feuillus, surtout sous les chênes)
    - le bolet à pied rouge (été-automne, dans toute la France, sous les feuillus et conifères, sa chair bleuit à la coupe mais redevient jaune à la cuisson, à bien faire cuire)
    - Le coprin chevelu (été-automne, dans toute la France, dans les herbes, les pelouses urbaines, les friches, à consommer très jeune)
    - la morille conique (printemps, dans toute la France, vergers et décombres, toxique crue, dessiccation ou cuisson prolongée obligatoire)
    - la morille grise (printemps, dans toute la France, taillis de chênes sableux, toxique crue, dessiccation ou cuisson prolongée obligatoire)
    - la chanterelle ou girolle (été, dans toute la France, dans les forêts de feuillus et de conifères, chair pâle à odeur fruitée)
    -le cèpe de Bordeaux (été-automne, dans toute la France, dans les forêts de feuillus et de conifères, sur sols acides, le plus recherché des cèpes)
    - le cèpe d'été (été, dans toute la France, dans les forêts de feuillus surtout, précoce, il apparaît dans le sud dès le printemps)
    - la lépiote élevée ou coulemelle (été-automne, dans toute la France, forêts claires de feuillus, lisières, sous les épicéas en terrain calcaire)


    Christophe GILBERTON
    Source : La France des forêts - ONF aux éditions Gallimard

    votre commentaire
  • Les galles des végétauxIl suffit d'être un peu observateur pour remarquer sur certains végétaux des excroissances comportant des morphologies très diverses ; ce sont des galles. Bourgeons déformés, protubérances colorées, boursouflures, masses échevelées à la surface des plantes ou sphères parfaites aux couleurs chatoyantes, elles ont depuis toujours frappé l'imagination.
    Ces formations particulières constituent une réaction du végétal à la présence d'un hôte parasite qui va vivre à ses dépens. La plante différencie des tissus spécialisés strictement d'origines végétales au sein desquels le parasite puise les substances nutritives assurant son développement.

    Dès l'antiquité, certaines galles étaient utilisées pour divers usages. L'extraction des tanins de «la noix de galle» du chêne permettait le tannage des cuirs et la fabrication d'encre noire.
    En Chine, d'autres galles servent depuis des millénaires à la fabrication de laques. La galle du lierre terrestre (Glechoma) entre dans la composition de bouquets secs tandis que la galle de l'églantier (Bédégar) constituait un «tabac» pour la pipe une fois réduite en miettes.

    D'autres galles ont encore été utilisées à des fins thérapeutiques : cette même galle de l'églantier était utilisée contre les troubles digestifs et les affections urinaires alors que la galle du chardon, une fois desséchée était portée dans une poche pour remédier aux hémorroïdes et à certaines fièvres.

    Il existerait plus de 15 000 parasites gallicoles. Ces parasites sont extrêmement variés et se recrutent dans le monde végétal et dans le règne animal. Ils peuvent atteindre tous les organes du végétal avec principalement les feuilles 65%, les tiges 20%, les bourgeons 10% et enfin l'ensemble fleurs, fruits et racines 5%.

    On peut citer quelques exemples d'agents pathogènes provoquant la formation de galles :


    • Les virus (0.5%) avec la déformation des rameaux du saule appelée « balai de sorcière ».
    • Les vers nématodes (0.5%) provoquent des boursouflures sur les racines des rosiers.
    • Les bactéries (1%) provoque une galle ou tumeur au niveau du collet du pêcher «Crown gall».
    • Les champignons (14%) avec notamment les galles sur les épis de maïs qui provoquent des boursouflures bleutées.
    • Les acariens (15%) avec pour exemples les galles ovoïdes terminées en pointe sur les feuilles du hêtre dues à une minuscule mouche ou les galles de l'aulne qui donnent de petites excroissances rouges légèrement pédonculées et qui sont dû à un acarien du genre «phytopte» :
    • Les insectes (69% ) :

    - La galle spiralée sur la feuille du peuplier provoquée par un puceron.
    - La galle en artichaut sur le bourgeon de l'if provoquée par une minuscule mouche.
    - La galle en ananas sur les épicéas provoquée par un puceron.
    - La galle résineuse fusiforme, de 2 à 3 cm de long sur les rameaux du pin qui abrite une chenille de papillon.
    - La galle en forme de bille ou de noix sur le chêne provoquée par un hyménoptère de 5 mm.
    - La galle en forme de lentille sur la feuille du chêne provoquée par un autre hyménoptère.

    On trouve des galles non seulement sur la plupart des plantes sauvages, dans tous les types de végétation (forêt, sous bois, talus, prairies...) mais aussi sur les plantes cultivées, dans les jardins et sur les arbres des villes.
    Pour découvrir l'origine de la galle, il suffit, lorsqu'elles sont jeunes, de les couper en deux parties. Si la galle est d'origine animale, on observera des cavités intérieures occupées par des larves ou des nymphes dans le cas d'insectes ou bien une importante population d'acariens observable avec une loupe binoculaire.

    Les galles sont une manifestation originale de la nature ; elles sont rarement néfastes (la plante parasitée développerait une stratégie pour emprisonner les insectes dans un cocon nourricier qui protègerait ainsi le reste des feuilles, producteur de la photosynthèse, assurant ainsi la pérennité de l'espèce). Sachons simplement les découvrir et percer leurs secrets.


    Chemin faisant !

    Pascal Paris
    Chargé de l'environnement - A.N.G.S.F.

    votre commentaire
  • Nos pas se font lourds depuis bientôt huit heures que nous marchons. Le sentier que nous empruntons est à découvert ; des prairies de chaque côté. Le soleil se montre généreux en ce milieu d'après-midi et projette ses feux de lumière sur mon crâne dégarni.
    Pas un arbre, pas un bosquet, pas une haie pour atténuer ne serai-ce qu'un instant cette chaleur écrasante de juillet.
    Pourquoi cette absence de végétation arbustive dans ces immensités de plages vertes ? Peut-être l'ignorance du rôle considérable que représente une haie au sein d'un paysage.

    L'utilité des haiesLes haies ont été introduites au XVI è et XVII è siècle afin de permettre à tout propriétaire de faire clore ses héritages pour les rendre défendables. La coutume de l'époque donnait la liberté de mener paître les bestiaux dans les lieux non cultivés et non clos. Il fallait donc planter des haies pour éviter de voir les bêtes d'autrui errer sur ses terres.

    Cependant, l'origine des haies date probablement du Moyen-Age, à l'époque où les forêts étaient déboisées pour faire place aux cultures. Chaque parcelle conservait sur son pourtour une bande de végétation permettant de délimiter le terrain.. Dans tous les cas, les haies permettaient de maintenir les animaux sur une parcelle donnée et, plantées en bordure des chemins, de guider les animaux entre l'étable et le pré. Les haies fournissaient par ailleurs du bois de chauffage et des fruits.

    Au-delà des critères de limites territoriales, les haies sont d'une grande utilité écologique.

    En bordure de routes elles permettent d'atténuer certaines nuisances (déplacements d'air, bruits, odeurs). Plantées en limite de parcelles cultivées, elles assurent différents rôles :

    - La haie permet d'obtenir une régulation climatique en s'opposant à la libre circulation des masses d'air (effet brise-vent) ce qui induit une réduction de l'évapotranspiration des cultures voisine, augmentant ainsi leur rendement de l'ordre de 5 à 15 %. Une haie bien ordonnée protège du vent sur une distance de 10 à 15 fois sa hauteur.
    - La haie constitue un écran au rayonnement solaire. En captant la chaleur, elle augmente la température moyenne en automne. Le bétail est ainsi préservé des effets du vent, du froid et du soleil.
    - La haie assure également une régulation hydraulique en s'opposant au rapide ruissellement des eaux (effet éponge) en permettant à celles-ci de s'infiltrer dans les sols (barrage par la végétation et drainage par le système racinaire). Les haies sont donc utiles en cas d'inondation et en rechargeant les nappes phréatiques elles permettent d'économiser l'eau.

    Au fil du temps, des années, une haie devient un véritable écotone (1) (une multitude d'espèces animales et végétales y est représentée), dans lequel la chaîne alimentaire trouve tous ses maillons. A ce moment là, l'écosystème (2) de la haie fonctionne parfaitement. Il se forme alors comme une communauté (biocénose (3)).

    Commençons par observer le sol de la haie; à l'automne, les épais tapis de feuilles mortes provenant des arbres , arbustes et arbrisseaux qui composent la haie fournissent à la terre un engrais naturel important pour son équilibre.
    Les feuilles mortes sont mangées et décomposées par les différents insectes, acariens, vers, bactéries, champignons détritivores qui vivent dans le sol de la haie. Une fois digérées et rejetées, elles deviennent cet engrais si riche en minéraux, très utile pour la régénération des sols; l'humus.

    En s'approchant maintenant de l'univers végétal de cette même haie, nous nous apercevrons qu'elle offre gite et couvert à des centaines de formes de vie différentes qui, pour certaines d'entre-elles vont s'avérer d'une grande utilité pour les cultures voisines (insectes pollinisateurs; oiseaux, mammifères et insectes prédateurs).

    L'utilité des haiesDepuis quelques années, des centres de recherches en agronomie étudient l'impact des haies sur la régulation des niveaux de populations des ennemis des cultures. Une haie favorise la diversité de la faune auxiliaire (animaux utiles) et sert de « réservoir » à celle-ci (abris hivernaux, lieu de reproduction).

    Chaque arbre ou arbuste qui constitue la haie attire des populations d'animaux utiles différents et variés qui trouveront dans la haie refuge et nourriture. Citons en exemple des végétaux communs dans les haies (prunelliers, noisetiers, cornouillers, aubépines, merisiers, lierres...) qui hébergent ou attirent de nombreux prédateurs (coccinelles, syrphes, chrysopes, punaises anthocorides ou mirides...) sans oublier le cortège des divers hyménoptères et diptères parasites, qui en cas d'infestation de la culture voisine par un ravageur ( puceron par exemple), irons investir celle-ci et, se nourrissant de ces pucerons ou les parasitant, contribuerons à limiter les méfaits sur la culture.

    On pourrait citer encore le rôle des rapaces diurnes ou nocturnes dans la lutte contre les rongeurs nuisibles aux cultures et de bien d'autres animaux qui participent à amoindrir les nuisances par la diminution des niveaux de population des ravageurs des cultures (oiseaux, musaraignes, hérissons, lézards, couleuvres, orvets...).

    L'utilité des haiesLa présence des différents maillons de la chaîne alimentaire à l'intérieur de la haie est indispensable pour maintenir chacune des espèces dans des limites convenables où chacun y trouvera nourriture et espace. Si vous observez de près cette zone de vie, vous pourrez constater qu'une relative harmonie y règne. C'est que chacune des espèces y a son espace qui lui est destiné.

    La haie est compartimentée en différentes "niches écologiques". Ainsi, en prenant l'exemple des oiseaux; sur les arbustes les plus bas se trouve le rouge-gorge, au-dessus la fauvette à tête noire, un peu plus haut la mésange charbonnière,puis sur les grands arbres , les pics, sitelles et grimpereaux, l'étage au-dessus étant occupé par la chouette hulotte et enfin le locataire du dernier étage qui est le loriot.
    Les oiseaux se répartissent l'espace selon leurs propres exigences, en exploitant les strates auxquelles ils sont le mieux adaptés pour se nourrir, nidifier,et délimiter leur territoire.

    Pour terminer, soulignons l'utilisation qui est faite du bois fournit par les haies ( bois de chauffage; manches d'outils; sculpture; ou bien encore, canne de fortune pour randonneur fatigué). La haie donne encore l'occasion à tout un chacun de déguster les nombreux fruits qu'elle suggère tout au long de l'année (noisettes, prunelles, nèfles, sureau, églantines, merises, châtaignes, cornouilles...). Enfin, chacun peut trouver dans la haie de quoi confectionner de magnifiques bouquets fleuris (genêt, chèvrefeuille, houx, seringat, églantier, symphorine...).


    Chemin faisant

    Pascal Paris
    Chargé de l'environnement - A.N.G.S.F.


    (1) Ecotone : interface entre deux écosystèmes voisins ayant une identité suffisamment différenciée(syn. : effet de lisière).
    (2) Ecosystème : unité écologique fonctionnelle douée d'une certaine stabilité constituée par un ensemble d'organismes vivants exploitant un milieu naturel déterminé (biotope).
    (3) Biocénose : groupement d'êtres vivants (plantes, animaux) vivant dans des conditions de milieu déterminées et unis par des liens d'interdépendance.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique