• Le rôle des mauvaises herbes

    Observez une terre fraîchement travaillée et vous y verrez bientôt proliférer une multitude d'herbes folles ou mauvaises herbes. Elles se distinguent des autres végétaux par leur grande capacité à se reproduire ou à persister dans le sol. Leurs semences possèdent une grande longévité, liée à une résistance à la dessiccation ou à l'asphyxie lors d'un enfouissement profond, grâce à leur tégument plus ou moins imperméable à l'eau et à l'air.
    Dans un sol le stock de semence herbacée est de l'ordre de 20 à 400 millions de graines par hectare sur 10 à 15 centimètres de profondeur, dont 5 à 10 % représenterait la flore de surface. Les mauvaises herbes sont le premier stade entre un sol nu et la forêt, terme de l'évolution normale de la végétation dans nos régions. Les mauvaises herbes peuvent se répandre de différentes manières ; elles peuvent être apportées par les oiseaux ou en se collant à nos chaussures lorsque nous nous promenons, mais elles sont surtout dessiminées par le vent. Des milliards de graines circulent dans l'air et crèvent celles qui tombent sur un sol qui ne leur plait pas, mais prospèrent celles qui ont trouvé un terrain leur convenant.

    Mais pourquoi les appelons nous « mauvaise herbes » ; simplement parce qu'elles poussent là où on ne voudraient pas qu'elles soient. On les surnomme plus scientifiquement « adventices » c'est-à-dire des plantes introduites accidentellement dans un milieu modifié par l'homme. Une connaissance plus approfondie nous apprendra qu'elles n'ont cependant pas qu'un rôle négatif dans la nature. D'ailleurs R.W.Emerson disait : « Une mauvaise herbe est une plante dont on n'a pas encore découvert les vertus ».

    La flore spontanée et la fertilité du sol

    Dans la nature, il n'y a rien d'inutile, n'oublions pas que les herbes sont des végétaux chlorophylliens. Elles utilisent la lumière solaire, servent de nourriture aux animaux et parfois à l'homme et jouent un rôle important dans la nutrition des micro-organismes du sol. Après leur mort, ces herbes restituent à la terre la matière organique qui les constitue. Ces végétaux permettent spontanément au sol de se régénérer par leur faculté à concentrer les minéraux et les oligo-éléments qui tendent à s'épuiser dans un sol cultivé. Si l'on se met à enlever systématiquement les végétaux qui poussent spontanément, sans les restituer au sol, la fertilité en souffrira.

    Les mauvaises herbes aèrent et protègent aussi le sol, car elles amortissent l'impact des gouttes de pluie qui ont tendances à le tasser. Beaucoup d'entre elles possèdent un système racinaire profond qui leur permet de puiser dans le sous-sol certains éléments nutritifs hors de portées des plantes à racines superficielles et de les ramener à la surface. D'une autre façon, la décomposition de leurs feuilles et de leurs tiges enrichit le sol en matière organique et en éléments minéraux.

    Le rôle des mauvaises herbesLes adventices pourvues de longues racines pivotantes ou d'un système souterrain puissant agissent comme de véritables sous-soleuses, aérant le sol et facilitant le drainage. C'est pourquoi dans les sols lourds, argileux, tassés, compactés, les premiers végétaux à Le plantainapparaître sont le pissenlit, le plantain et le tussilage. Les deux premiers possèdent une longue racine pivotante et le troisième un rhizome massif et pénétrant. Quand ce sol sera suffisamment aéré, ces espèces auront tendance à se raréfier et à laisser la place à d'autres végétaux à racines plus superficielles.

    Les herbes procurent également abri et nourriture à divers animaux (insectes, rongeurs...) dont les sécrétions stimulent la fertilité du sol.
    Par temps sec, les herbes protègent la surface du sol de l'ardeur du soleil et maintient l'humidité.

    L'observation attentive de la flore spontanée nous renseigne sur la nature d'un sol. Elles nous disent s'il existe une pénurie d'humus, un excès ou un manque d'humidité, une carence minérale, un blocage de l'aération etc....

    On peut dire que les mauvaises herbes qui prospèrent dans un sol sont celles qui contiennent les éléments dont le sol à besoin. La nature semble corriger elle-même les carences minérales. L'apparition soudaine d'un tapis de pâquerettes peut signifier que le sol manque de calcaire. Celles-ci accumulent du calcium et le rendent au sol après leur décomposition, corrigeant peu à peu la carence.
    La prêle indique que nous sommes en présence d'un sol argileux, acide, mal drainé. Une fois le drainage assuré par ses très longues racines, elle disparaîtra. L'oseille dénote un sol acide, mal drainé. Le tussilage est le premier à s'installer sur une terre nue, lourde, crue. La luzerne témoigne d'un sol profond, riche en chaux et en sulfate de chaux. Le pissenlit révèle un terrain argileux, pesant, riche en potasse. Le bouton d'or signale un terrain déséquilibré ; le jonc affirme que le sol est lourd, imperméable, que la couche phréatique remonte et vient le tremper...

    Qu'elles soient arrachées et laissées à se décomposer sur place ou ajoutées à un tas de compost, les herbes sont de bons fertilisants naturels. Composées de macro et oligo-éléments, en mourant, chacune restitue au sol des éléments fertilisant non négligeable.

    Nous pouvons citer en exemples :

    - Oseille : phosphore, potassiumLe rôle des mauvaises herbes
    - Tussilage : calcium, cuivre, fer, magnésium, potassium, soufre.
    - Bourse à pasteur : calcium
    - Mouron des oiseaux : cuivre, fer, manganèse, potassium.
    - Consoude : calcium, azote, potassium.
    - Séneçon : fer.
    - Plantain : calcium, cuivre, fer, potassium, silice.
    - Ortie : calcium, cuivre, fer, azote, potassium.

    On peut aussi préparer des infusions de plantes à utiliser comme fertilisant liquide naturel ou pour lutter contre les maladies et ravageurs des cultures. Citons entre autre l'infusion d'ortie en pulvérisation contre le mildiou, les pucerons, les punaises ou bien l'infusion de prêle en préventif dans la lutte contre les maladies fongiques (mildiou, rouille...).

    Beaucoup d'herbes peuvent aider de diverses manières, la tâche du jardinier. Certaines contribuent à chasser les insectes ravageurs, ou à prévenir les maladies, et d'autres sont des herbes compagnes ou symbiotiques qui favorisent la vigueur des espèces cultivées. A proximité des choux, la sauge, le romarin, et la menthe aident à repousser les piérides (chenilles des choux). La valériane attire les vers de terre qui améliore le sol et pulvérisée, elle constitue un excellent tonique pour les végétaux.
    Le rôle des mauvaises herbesEn mulch autour des laitues et des choux, les chardons et les fougères les protègent des limaces et des escargots. Les rats ont une forte aversion pour la menthe poivrée. La menthe pouliot repousse les fourmis et les moustiques...Le tussilage

    L'utilité des herbes ne se limite pas au cadre du jardin, la plupart de ces plantes possèdent des vertus thérapeutiques où peuvent servir de légumes de substitution (bardane, raifort, pâquerette, campanule, chénopode blanc, bourrache, pissenlit, mouron des oiseaux, ortie, plantain, tussilage...).

    Chacune des herbes que nous rencontrons à un rôle dans la nature qui lui est personnel. Désormais, apprenons à les reconnaître et regardons les d'un ½il plus attentif.

    Chemin faisant,

    Pascal Paris
    Chargé de l'environnement - A.N.G.S.F.

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