• Les fleurs du Nord

     > La baie de somme

    Randonnée : boucle de 4 km - départ de Saint-Valéry-sur-Somme - aucune difficulté particulière

    Terre de mer et prés salés, paradis des oiseaux et des phoques, la baie de Somme constitue sans doute l'un des plus beaux et des plus sauvages estuaires d'Europe. C'est aussi un lieu exceptionnel de balade et de découverte de la végétation du littoral picard.

    Vous longez la digue en direction de la plage. Le regard embrasse le fond de l'estuaire de la Somme : à perte de vue, les mollières, vastes espaces herbus recouverts par les seules marées de vive eau. Le tapis végétal argenté, finement disséqué par un réseau de chenaux marins (les marigots) où affluent les eaux à chaque marée, est constellé de mares creusées pour la chasse.

    Balade dans la France des fleursEn approchant des mollières. Vous vous dirigez maintenant vers le cap Hornu. En haut de plage, les matières organiques apportées par le flot s'accumulent et accueillent une flore qui apprécie le sel et l'azote : cakilier (crucifère charnue à fleurs roses), arroche prostrées (feuilles en hallebarde) et arroche littorale (feuilles linéaires). Ces deux dernières plantes sont parentes de l'arroche des jardins, un vieux légume oublié, appelé encore betterave maritime, ancêtre et réservoir de la betterave cultivées.
    Au cap Hornu, l'estuaire s'ouvre à la mer et ultime étape de la conquête poldérienne. Ici, vous pourrez accéder aisément à ces mollières.

    Balade dans la France des fleursSchorre et slikke. Remontez jusqu'à la la digue qui longe les mollières. Le pied de la la digue, où s'échouent les laisses de mer, est bordé par un liseré de haute prairie à chiendent littoral. Vers la mer, les différentes végétations de prés salés (le schorre) se succèdent. Vous découvrirez d'abord une prairie argentée et odorante à armoise maritime et orge marine (un petit orge littoral), puis un pré à fétuque littoral (voisine des fétuques rouges des gazons semés), plantain maritime et armérie maritime (le gazon de l'Olympe des bordures de jardin). Ensuite vient le schorre moyen, tantôt ras et herbacé comme dans les prairies à puccinellie maritime (graminée bleutée favorisée par le pacage), tantôt haut et ligneux avec les herbus à obione pédonculé.
    Plus bas, aster maritime (capitules violacés), soude (feuilles charnues en cylindre) et salicornes (tiges faites d'articles charnus) marquent le passage à la slikke (plateau vaseux inondé à chaque marrée). En été, sur la haute slikke,  les salicornes abondent. Ces plantes sont plus connues sous le nom de « passe-pierre ». Les plus tendres d’entre elles sont confites dans le vinaigre. Enfin, vous observerez la spartine de Townsend, une plante téméraire colonisant les vases les plus marines.
    Au retour, suivez le sentier qui mène à la chapelle des Marins. A travers prés et champs, vous rejoignez le vieux Saint-Valery-sur-Somme, avec ses murailles fleuries d’œillets, de silènes, de mufliers et de giroflées.

     

    > Tourbières en pays de Somme

    Randonnée : 2,5 km - départ de Boves - bottes recommandées

    Entaillant profondément les craies de Santerre, l'Avre s'écoule paresseusement jusqu'aux portes d'Amiens. Au fil des méandres, la  vallée égrène un chapelet d'étangs, de roselières et de tourbières. Un univers palustre et secret, forgé par des siècles de traditions de pêche et de tourbe, se dévoile dans la Réserve naturelle de la tourbière de Boves.

    Ecorchant les vastes terres à blé du plateau picard, la vallée de l'Avre est faite de clairs (les étangs de pêche), d'entailles (les fosses de tourbage), de roselières et de prés humides, qui aujourd'hui se boisent faute de bétail et de fauche.

    Balades dans la France des fleursNénuphar et houblon. Vous pourrez trouver encore une ambiance de pêche sur les étangs Saint-Nicolas, où flotte le nénuphar blanc, scintillant au gré des ondes, appelé en Picardie « planche à grenouilles ». Ici et là, quelques îlots de roselières parsèment le plan d'eau. Les grandes touffes au feuillage pleureur et vert foncé de la laîche paniculée bordent les rives. En face, un petit étang ombragé est couvert de nénuphars jaunes.
    Le long de la route, des draperies de clématite des haies et de houblon s'accrochent aux broussailles.

    Balades dans la France des fleursEn entrant dans la réserve. Vous atteignez l'entrée de la Réserve naturelle de la tourbière de Boves. Suivez le sentier de découverte ; il commence à travers des taillis de saules cendrés. Une fenêtre parmi les broussailles vous offre une scène sauvage : eaux noires, radeaux tourbeux flottants où abondent la fougère des marais, la lysimaque commune (feuilles attachées par trois, fleurs jaunes) et la patience des marais (très grandes feuilles entières)... Des radeaux plus âgés portent quelques bouleaux verruqueux, aux rameaux pendants, signe d'acidification superficielle propice à l'installation de sphaignes (plantes des tourbières acides). Le comblement  naturel de cette entaille, creusée autrefois pour extraire la tourbe, est en cours. C'est dans ce pays de tourbiers que fut inventé le « grand louchet », une sorte de longue bêche qui bouleversa l'extraction du combustible.

    Balades dans la France des fleursFleurs des rives et des prairies. Sur les rives, des ceintures de grandes laîches bordent l'étang : laîche des rives (larges feuilles vert bleuté), laîche faux souchet (épis pendants, feuillage vert clair)... Un peu plus loin, le sentier traverse de hautes prairies à jonc à tépales obtus - on parle de tépales lorsqu'on ne peut préciser s'il s'agit de pétales ou de sépales.
    Les tiges vert sombre de ce dernier sont dressées et noueuses : passez la tige entre deux doigts pour sentir les nœuds. Vous observerez également la molinie bleutée, une grande graminée en touffes bleutées comme son nom l'indique, et à l'écuelle d'eau, une ombellifère rampante aux feuilles en forme... d'écuelle.

     

    La Normandie

    > Trésors du Cotentin

    Randonnée : boucle de 8 km - départ de Saint-André-de-Bohon

    Les fleurs du NordIl y a tout juste 200 ans, une grande partie des terres basses du Cotentin étaient envahie par la mer environ neuf mois sur douze. Aujourd'hui, les cordons dunaires, les digues et les écluses préservent le pays des incursions marines. Les eaux douces, contenues, génèrent des zones humides recélant des trésors botaniques et faunistiques.

    Vous êtes à Saint-André-de-Bohon, pays de bocage où les argiles favorisent cultures et prairies. Les haies représentent ici près de 100 000 kilomètres de linéaire boisé ; elles sont composées d'arbres comme le chêne pédonculé, émondé, l'orme, l'érable sycomore ou le frêne taillé en têtard. Parmi les arbustes, vous remarquerez l'aubépine, qui fleurit au printemps, le cornouiller sanguin, le noisetier, la ronce et le prunellier, côtoyant parfois l'ajonc - en fleurs jusqu'au cœur de l'hiver... Sur les talus, toute l'année, la scolopendre (une fougère) témoigne de la fraîcheur et de l'humidité des sols.
    Le troglodyte mignon pousse bien haut son chant, queue dressée. Il bâtit son nid de mousses au cœur du bocage, dissimulé du redoutable geai des chênes, dont vous entendrez fréquemment les grincements d'alerte.

    Les fleurs du NordDu bocage au marais. En atteignant le hameau du Bosq et les murs de ses corps de ferme en mâsse (terre), vous découvrirez, au bord du chemin, une plante ressemblant au phragmite. Il s'agit d'un faux roseau, le baldingère, commune sur les sols humides. Peut-être, au mois de mai, aurez-vous le privilège d'admirer l'orchis mâle, une belle orchidée pourpre.
    Immédiatement après Le Manoir, vous pénétrez dans le marais, où la végétation change totalement. Sur les sols tourbeux pousse la glycérie aquatique, une graminée parfois haute de 1,50 mètres. La reine-des-prés, une odorante rosacée, fleurit en épis crémeux à partir de la fin juin.
    Un chardon sans épines, dit chardon des Anglais, est également présent. Parfois, un bouquet de saule rompt l'horizon des marais, maillé par un réseau de fossés. Même en hiver, vous apercevrez peut-être une cigogne blanche survolant le marais, puisque quelques-unes nichent dans le Cotentin.

    Soleils des marais. Sur les bords des fossés de drainage, les mere-iau en patois, plusieurs carex colonisent les limes, les limites des eaux. Petites et grandes lentilles d'eau recouvrent les ondes de tapis verts dès le printemps. L'hottonie des marais s'élance vers le ciel. La renoncule flammette éclabousse ce parterre végétal de petits éclats de soleil entre juillet et septembre.
    Dès la belle saison, tout le marais bruit et vibre aux coassements des grenouilles en plein émoi. Bruant, rousserolles et phragmites font résonner leurs chants dans les joncs où ils installeront l'architecture délicate de leur nid.

    Les fleurs du NordRetour à la terre. En regagnant le bocage en direction de Rougeville, après un dernier intermède marécageux, vous retrouverez les talus, où au printemps s'épanouit en petites fleurs bleues la véronique petit-chêne.
    La digitale pourpre fleurit en été. Les ormeaux, communs dans la plupart des haies basses, servaient autrefois de fourrage pour les bestiaux quand les graminées se faisaient rares. L'élevage reste ici traditionnel, et les troupeaux de vaches normandes font partie du paysage, participant au maintien du maillage bocager.

     

    > Le vallon du Vivier

    Randonnée : boucle de 4 km ou 11 km - départ de Tancarville - ne pas pénétrer dans les bois privés

    ScolopendrePrenant naissance dans le pays de Caux, les vallons débouchent dans la vallée de la Seine. Ils abritent bois de pente, ruisseaux et zones humides. Parmi eux, Le val Eglantier, avec la Réserve naturelle volontaire du vallon du Vivier, est l'un des plus remarquables par son caractère sauvage et la richesse de sa flore.

    Après avoir traversé la partie habitée de Tancarville-bas, sous le regard du château, vous pénétrez dans le sous-bois. Sur les versants du vallon, les cascades de buis, un arbuste au bois dur utilisé pour la fabrication de manches d'outils, sont accompagnées par la scolopendre. Cette fougère est aussi appelée langue-de-cerf, et a donné son nom à une commune voisine de Tancarville : La Cerlangue. La scolopendre affectionne les milieux ombragés et assez humides comme les bois de pente, mais aussi les margelles des puits ou les vieux murs.
    Au bord du chemin, observez la laîche pendante, reconnaissable à sa grande taille et au port de son inflorescence. Les chants de nombreux passereaux accompagnent votre marche.
    L'île tourbeuse, de l'autre côté du fossé, accueille l'aulne glutineux, l'aulne blanc, espèce plutôt montagnarde appréciant le microclimat du vallon et le thélyptère des marais, une fougère protégée à l'échelle régionale.

    SalicaireDes plantes pour sol humide. Un peu plus loin, la « jungle » boisée laisse la place aux roseaux, aux baldingères et aux laîches. Cette végétation abondante sert de cachette à un oiseau, le râle d'eau. Remarquez la salicaire et ses fleurs pourpres, la reine-des-prés ou spirée ulmaire - elle adonné son nom à l'aspirine - et l'eupatoire chanvrine, dont les feuilles rappellent celles du chanvre.
    Vous passez bientôt entre la vasque de captage d'une source, colonisée par l'ache faux-cresson, et la culture biologique de cresson des fontaines, au-dessus de laquelle volent en tous sens libellules et demoiselles. Si vous souhaitez prolonger votre balade, il vous faut vous diriger vers La Cerlangue.

    Eupatoire chanvrineEn flânant au bord de l'eau. Vous êtes maintenant sur le chemin du retour. Vous longez le ruisseau dont le courant peigne les herbiers de callitriche. Le scrofulaire aquatique affectionne les bords ensoleillés des cours d'eau. Vous la verrez en fleur (brun-rouge) entre juin et septembre. Le myosotis des marais apporte une touche bleu pâle aux berges. Peut-être serez-vous salué au passage par le cri bref et aigu du martin-pêcheur ? Plus bas, au bord de l'étang, les carex forment des monticules, appelés touradons.
    Vous rejoignez les habitations, après avoir admiré un « bayou miniature » formé de saules cendrés et avoir dépassé la dernière source du vallon.

     

    Christophe GILBERTON
    Source : Balades dans la France des fleurs - Editions France Loisirs


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